Ce matin, j’ai acheté des chaussures.
Bêtement dans ma petite valise j’ai mis seulement mon petit haut blanc de fête et mon pantalon de couleur. Il est rouge-qui-pête. Je l’ai acheté pour le baptême de ma fille, l’année dernière, pour changer de mes éternels pantalons noirs.
Tes parents ont dit: des couleurs.
En courant partout pour préparer ma petite valise, j’avais enfilé mes tongs dégueulasses, celle qui traînent devant la porte pour aller jeter les épluchures au compost. Et je les ai gardées au pied pour faire les 500kms, j’avais la tête ailleurs.
Je ne pouvais pas venir te voir avec ça, hein.
Alors j’ai acheté des chaussures, ce matin. J’ai trouvé ça ridicule, de choisir des chaussures exprès pour toi.
Des chaussures avec un goût de cendres.
L’air aussi, il avait un goût de cendres, en approchant du crématorium. À tirer des larmes.
Ça doit être pour ça aussi que j’avais les yeux humides et la gorge nouée quand j’ai vu tes parents: les cendres.
Tes grands parents? Les cendres aussi sûrement. Il devait y avoir un sacré incendie, parce que tout le monde avait les yeux rouges.
Ou alors on était triste parce que la vie est injuste.
J’avais des chaussures neuves pour caresser ton petit cercueil et te souhaiter un bon voyage vers les étoiles, verser quelques pétales de rose sur ton départ.
Après une vie remplie de souffrance.
Une toute petite vie.
De grandes souffrances.
Tu es parti dans ton sommeil, ils ont dit. J’ai envie de croire que tu es parti dans le soleil, moi.
Éclairant le chemin de ceux qui restent au milieu de ce brouillard de larmes.